SI  Aek AFFANI  et   BEN MHIRI  (suite)

 

 

 Quant à BEN M’HIRI   et son acolyte, s’étant aperçus que leur coup de force avait été différemment interprété par les habitants, en particulier, les gens aisés, alors, pour donner un exemple aux indécis, les récalcitrants furent rançonnés avec cependant la répartition des gains récupérés, entre les plus démunis du village et des environs.

 Une fois mises au courant, les forces de l’ordre, prises de rage, procédèrent à des arrestations massives et désordonnées dans l’espoir de soutirer quelques renseignements, par des brutalités, et quelques fois par des promesses de récompense.

 Ces sévices, eurent quelques résultats puisqu’ils apprirent avec stupéfaction que BEN M’HIRI était accueilli tous les soirs au Vieux Ténès, mais par ou, ni chez qui, et qu’en outre son ravitaillement lui parvenait de la cité.

 Des « SERSOURS » cavaliers de l’armée, appelés en renfort, entreprirent des recherches dans tout le canton de Ténés ; pas un  douar « MECHTA » ou gourbis isolés ne furent épargnés. Des fouilles, des menaces et brutalités, les hommes les femmes et les jeunes enfants subirent les pires sévices, avec l’arrestation de tout individu douteux soupçonné a tort.

 Les recherches s’orientèrent vers le Vieux Ténés, d’innombrables perquisitions, dans toutes les demeures, répétées à toute heure du jour et de la nuit, au point ou à plusieurs reprises ils passaient à proximité de son refuge sans jamais l’inquiéter, alors qu’en réalité, c’est chez  EMMA YAMMOUNA  la vielle sage femme, qu’il considérait à juste raison sa grand-mère, qu’il était hébergé.

 Dans un recoin de la cour, il creusa une cache aménagée lui servant d’abri, la nuit, après, son introduction, l’issue était condamnée par un baquet en bois rempli d’eau, les gendarmes, fins limiers avaient des soupçons, lors de leurs nombreuses perquisitions, pour déceler le moindre indice, en particulier la nuit, ils rodaient autour du baquet, allant une fois jusqu'à ce que l’un d’eux se soit assis sur le rebord , sans remarquer aucun signe de panique chez la vielle sage femme.

 Cette scène, dans la cité était répétée presque toutes les nuits, dans les demeures, dont les soupçons pesaient sur leurs occupants. Ils étaient groupés par douzaine et conduits de force à la caserne, les mères, les épouses souvent se rendaient à la caserne pour se renseigner sur le sort de leurs parents, certaines étaient arrêtées et parfois violées, elles subissaient le même sort que les hommes.

 Que ce soit au village, ou dans les zones rurales, la tension exercée par les forces de l’ordre, devint intenable, au point ou les activités professionnelles, dans les champs, au port, à la ville, pour pourvoir a leur substance cessèrent, paralysant du coup la vie économique de toute la contrée.

 Le régime colonial, depuis le délit commis à la mairie, la disparition des armes, jusqu'à présent introuvables, l’atteinte préméditée à la sécurité des gendarmes, entraînant la mort de l’un d’entre eux, l’attaque supposée par un groupe armé sous la conduite de BEN M’HIRI, et de surcroît ayant utilisé les armes du vol. ce qui ne s’est jamais passé, depuis la pacification et la résistance de « BOUMAZA » à Ténés et le Dahra.

 Ayant contrarié dangereusement, à l’époque les plans, des généraux de l’armée d’occupation française, pareils évènements, n’avaient jamais eu lieu, ni pressentis dans la région. La thèse, vaguement évoquée, de l’aide des agents étrangers ennemis, prit de plus en plus consistance jusqu'à pousser les autorités, de taxer les habitants du Vieux Ténés, dans leur intégralité d’anti français, épithète qui persista jusqu'à la révolution de 1954.

 Alors, qu’en réalité, depuis l’invasion coloniale en 1843, les troupes françaises, fortes de la supériorité de leurs armes, des plans de conquête mûrement réfléchis, malgré une résistance farouche des populations avec  BOUMAZA  second, de « l’émir ABDELKADER » à leur tête dans la région , n’eurent aucune peine a prendre le dessus.

 Alors commença l’exode des populations vaincues, chassées par  l’expropriation de leur terre qui était la seule ressource pour leur existence, après les fameuses enfumades perpétrées dans le Dahra, ou de ceux qui en restaient.

 La puissance coloniale, s’appliqua à mettre en œuvre sa politique machiavélique de peuplement,  à savoir attribuer au flux organisé des européens les terres utiles au détriment des propriétaires indigènes.

 Les vaincus chassés, furent refoulés sur des terres schisteuses de montagne, ingrates à toute mise en valeur, couvertes de forets et maquis inextricables, sans eau,  sans aucune aide compensatoire ou dédommagement du délit qu’ils ont subi.

 A cette période, la seule ressource  disponible, faite de l’exploitation de la forêt pour construire des refuges précaires, faire paître leur maigre cheptel de caprins, et utiliser le bois et le charbon comme matière d’échange avec les citadins de la « MEDINA » du Vieux Ténés.

 Il faut dire, que ces misérables ressources  ne leur étaient guère profitables, puisque les gardes forestiers s’acharnaient sur eux, interdisant l’exploitation de la forêt, sous peine de sanctions pécuniaires impossibles à honorer.

 Reconverties, en peines d’emprisonnement, quant aux quelques chèvres, menées par les petits garçons et filles du douar, paître dans les lits des ruisseaux asséchés, à l’orée de la forêt  c’est la fourrière avec tout ce qui s’en suit comme actions en justice, pour le remboursement des frais ou la vente au enchères et souvent l’emprisonnement des parents.

 Cette manœuvre à laquelle les colonialistes eurent recours ; c’était pour arriver à leur fin, éloigner ces intrus condamnés à l’extermination par la faim, les sévices et  les impôts.

 Alors il ne leur resta que l’asservissement chez les colons qui  s’approprièrent  leurs propres terres, ou s’engager dans l’armée française, pour la conquête d’autres colonies, le Maroc, la Syrie, l’extrême Orient, l’Indochine, le Tonkin, le Vietnam etc. Parfois comme supplétifs pour la répression de leurs propres frères dans la misère comme eux, ou carrément leur mobilisation, pour participer a la guerre (1914-1918), qui souleva la réprobation. « L’émir KHALED » petit fils de « l’émir ABDELKADER » officier de cette armée, en voyant le carnage que subissaient ses frères et corréligionnaires contre leur volonté au front de la Marne.

 Avec tout ce que subissaient les algériens, depuis l’occupation coloniale française de leur pays ; l’application des lois iniques successives à leur encontre, suffisaient amplement, s’il en était besoin pour justifier leur révolte et enfin le soulèvement, sans attendre l’aide étrangère qu’on supposait leur être apportée.

 La situation devint de plus en plus intenable pour les citadins du Vieux Ténès et les ruraux de «Ouled El Arbi », alors que BEN M’HIRI,  aidé de son coéquipier continuait à narguer les services de l’ordre. En poursuivant ses actions de justicier bienfaiteur, malgré la surveillance, jour et nuit du moindre mouvement d’entrée et sortie dans la cité. Les gendarmes installés aux lieux de surveillance supposés infaillibles aidés en cela par des indicateurs ne furent d’aucun effet.

   BEN M’HIRI, au coucher du soleil, entrait par ou il voulait, par des passages connus de lui seul, s’invitait au repas du soir chez presque tous les habitants, qui avec précautions lui conseillaient les voies à suivre pour échapper à la traque des guetteurs qui pourtant changeaient d’endroit tous les soirs.

 Les forces de l’ordre, n’ayant pu obtenir aucun renseignement des habitants qui continuaient à nier toute implication dans les agissements de BEN M’ HIRI, eurent une idée diabolique pour arriver à sa capture mort ou vif.

 Dans le plus grand secret, des contacts eurent lieux avec les parents proches de la cité, au courant des habitudes de BEN M’HIRI, en leur faisant miroiter des récompenses, l’impunité et surtout le soulagement de la population de la gène dans laquelle, elle vivait depuis le début de ces évènements.

 Les colonialistes étaient beaucoup plus inquiets de la tournure prise par cette malheureuse aventure, n’ayant surtout aucune idée sur la destinée des armes dérobées, craignant un soulèvement des populations de la cité et des environs en qui ils n’avaient aucune confiance depuis BOUMAZA  et en particulier depuis le début de la guerre (1914-1918) dont l’issue en fait était incertaine au cours de ces années (1915-1916).

 Les groupes constitués pour entrer en action, dés la distribution des fusils, restèrent en latence, les armes étaient cachées ainsi que les auteurs du délit, depuis le renforcement des gendarmes par les Sersours (cavalerie)  en mouvement permanent dans la canton de Ténés.

 BEN M’HIRI conscient de la situation dangereuse, donna ordre à son compagnon de rester à l’écart,  de s’abstenir de tout contact ou action pouvant nuire à sa sécurité, tous les soirs à l’heure du (Maghreb) il s’approvisionnait en vivres et boisson, juste de quoi s’alimenter  sans jamais laisser de traces susceptibles d’orienter les gardes vers sa découverte.

 Ses parents du Vieux Ténés, alléchés par la promesse qu’on leur a fait miroiter, en particulier l’immunité et le pardon sur l’aide sans faille qu’ils avaient apportée a leur neveu, et cela malgré la pression et le harcèlement sans cesse des gendarmes.

 Pour  BEN M’HIRI ses parents constituaient le dernier et seul soutien dans ces moments dangereux et difficiles, son ravitaillement passait entre leurs mains, ainsi que sa sécurité, ils restèrent entre tous les seuls en courant des passages secrets pour son entrée et sortie dans la cité et en particulier les lieux de rencontre.

 Ses parents, un jour, en accord avec les gendarmes, décidèrent de mettre fin à cette aventure, avant d’arriver à l’irréparable, prévu en cas de refus de leur part.

 L’encerclement du village nuit et jour, minage du pourtours de la cité, et enfin lancer les zouaves a l’attaque de toutes les maisons, pour la fouille des lieux et  celle corporelle des hommes et des femmes avec la pratique de toutes sortes de sévices dans de pareils cas d’insubordination.

 Il fut convenu de placer, dans le plus grand secret des sentinelles armées prêtes à l’action, au passage qui lui sera conseillé par ses parents, un soir, le plan prévu, fut mis à exécution, son parent, après lui avoir remis le ravitaillement, lui déconseilla d’emprunter les passages habituels et lui désigna, celui ou était dressé le guet-apens, lui faisant croire la garantie qu’il est en toute sécurité.

 BEN M’HIRI, en toute confiance, après le salut, se dirigea sur le chemin, vers « BORDJ EL GHOULA » sans se douter du traquenard qu’on lui avait dressé. A peine parvenu à l’endroit, pressenti, le maniement  et le verrouillage des culasses des fusils, de toutes parts, lui faisait comprendre qu’il était encerclé, on cria, halte là BEN M’HIRI  et rends-toi ! Voulant sans doute le prendre vivant, mais lui très prompt décrocha, et prit son fusil, il s’apprêtait à tirer lorsque des coups de feu crépitèrent de tous les cotés, alors touché de plusieurs projectiles, il s’effondra sur le sol en criant « ALLAH AKBAR ».

  Après la fusillade, le village était dans l’obscurité totale, aucun signe de vie ne se manifesta, les soldats en silence, suivis  de brancardiers, transportant  BEN M’HIRI  sortirent de la cité, qui encore une fois fut meurtrie.

  La lendemain, les forces de l’ordre, après les vérifications habituelles, identifièrent  BEN M’HIRI, cependant, ils s’aperçurent que son fusil ne faisait pas partie du lot dérobé à la mairie, l’acharnement mis à la poursuite du fugitif s’avéra improductif, l’énigme sur le sort des fusils et les auteurs du délit resta insoluble.

 Ils adoptèrent, cette fois-ci, un plan d’attaque diamétralement opposé à celui qui leur coûta tant de peines, et la crainte d’être confrontés à une sédition pouvant aboutir à un soulèvement généralisé, imprévisible et au dessus de leurs forces disponibles à ce moment-là.

 Dans une grande discrétion, BEN M’HIRI  fut enterré de nuit par les soldats dans le carré des tombes de militaires musulmans d’où sa tombe ne fut jamais découverte, laissant planer le doute sur l’issue de l’opération, organisée soi-disant pour sa capture.

 Le Vieux Ténés  et  Ouled el Arbi, dorénavant classés zones dangereuses, furent placés sous surveillance permanente, des enquêtes secrètes furent menées auprès des amis, parents et familiers du défunt. Parmi ceux-ci, il y avait son compagnon soupçonné sans avoir la certitude, ni de la gendarmerie ou des indicateurs pour apporter la preuve de sa participation, sauf un indice vestimentaire.

 Il portait un gilet semblable à celui reconnu par les indicateurs appartenant à BEN M’HIRI, ce qui lui a valu l’arrestation et sa remise à la justice pour être jugé.

 De tribunal, en tribunal, bien défendu par son avocat, son procès aboutit à Alger, ou malgré le réquisitoire du procureur, pour sa condamnation à cause des soupçons relatifs au gilet, a cet instant, bien conseillé par son défenseur, le fugitif eu une idée géniale, il demanda la parole, ce qu’on lui accorda sans réserve.

 En arabe parlé, traduit par l’interprète judiciaire, il demanda au procureur, en lui montrant le gilet pièce a conviction : « si l’usine qui l’a fabriqué, n’avait confectionné qu’un seul spécimen vendu à  BEN M’HIRI, alors, dans ces conditions, monsieur le procureur je vous concède volontiers que vous avez raison, ce gilet pièce unique ayant appartenu à  BEN M’HIRI  est celui que je portais lors de mon arrestation, et ne peut être que celui que l’on veut me faire endosser. Or, il se trouve, que des centaines, identiques à cette pièce on été vendus, et que tous ceux qui s’en habillent, peuvent être comme vous ou moi accusés alors je ne vois pas ou est la distinction ».

 

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