BORDJ EL GHOULA  ( Suite )

 

La monnaie frappée du coin (en relief) pour les poinçonnages divers, en cours chez eux consiste en « Kirat » ou « Robae » dirhem qui équivaut au quart de drachme, en « Sikel » et en double grain. Leur dirhem équivaut à douze dirhem siciliens.

Ces renseignements fournis par El Bekri sont admis par tous les chercheurs et historiens au vu de leur précision ; ils ont permis en outre de donner une approximation sur la date de construction de la cité, des remparts de la mosquée et du château (El Bordj) de la Kalaa (citadelle) soit l’an 1132 de l’ère chrétienne.

La cité de Ténès a connu durant son histoire le passage de diverses dynasties, les Idrissides vers l’an 172 à 380 de l’Hégire (788 - 990 après JC.)., les Mourabitounes 439 – 537 de l’ Hégire ( 1088 - 1145 après JC.), les Mouahidoune 524 -668 (1130 – 1269), les Zianides appelés les Abdel Wadides qui étaient rattachés par leur origine à la tribu berbère des Maghraoua branche des Sanhadja.

Les Zianides forts de leurs alliances avec les Berbères  et de l’influence qu’ils exerçaient dans le pays, se révoltèrent en 646 (1247). Yaghmoracen, leur chef, lors d’un combat livré au souverain Mouahidoune le mis en déroute. C’est depuis cette époque que se constitua au profit des Béni Ziane, un état indépendant à Tlemcen, ou leur dynastie s’exerça jusqu’en 957 (1550), période de l’arrivée des Ottomans, qui ont été appelés par les habitants pour se défaire de la domination des Espagnols installés à Oran.

Néanmoins, il faut signaler l’étendue des territoires assujettis à leur obédience et qui partaient  de la région de Tlemcen pour capitale et son port Honaine, Mers El Kébir et Oran, Arzew, Mostaganem, Ténès, Cherchell, jusqu’à Alger, et englobaient le Dahra dans son intégralité jusqu’à Miliana, la Mitidja, Médéa, la vallée du Chélif et l’Ouarsenis.

Sous le règne des Béni Ziane, le royaume de Tlemcen connut un grand état de prospérité, situation  qui profita par voie de conséquence aux villes et ports liés aux Zianides. Au cours de cette période, les relations commerciales de Ténès furent fort nombreuses avec les ports de l’Andalousie, de l’ile de Majorque, de France et des états italiens Gènes et Pise.

Les échanges avaient trait aux armes, étoffes, verroterie contre de la poudre d’or, de l »ivoire importé d’Afrique, des plumes d’autruches, de la laine en abondance, de la cire à bougies, des cuirs bruts et traités et surtout des céréales dont la région avait la réputation depuis toujours, en quantité et qualité, de provenance de tout l’arrière pays des plaines du Cheliff et de la Mitidja.

C’est aussi, au cours de cette période que Ténès connut un grand engouement pour son développement intellectuel tel Abou Ishac Ibrahim. Celui-ci vivait à Ténès ou il avait vu le jour, sa notoriété s’étendait très loin de sa ville natale. Dans toute la berberie on connaissait sa science du droit malékite et on le savait auteur du commentaire en dix volumes d’un traité de jurisprudence. Il allait parfois à Tlemcen et Yaghmoracen l’avait en vain sollicité de s’y fixer. Des troubles graves ayant désolé la région côtière de Ténès, il se décida enfin de s’en aller habiter la capitale des Zianides. Les cours qu’il dispensait à la grande mosquée attirèrent un public énorme et Yaghmoracen y assista en personne. Le Sultan le consultait avec le plus grand respect ; il le chargeait de missions diplomatiques et lorsque Abou Ishac mourut en 1281, il accompagna le cortège mortuaire jusqu’au cimetière d’El Eubbad. Un an après le vieux roi rejoignit le savant dans l’autre monde.

Cette confiance devait en quelque sorte se perpétuer grâce à Othmane, fils de Yaghmoracen en faveur d’Abou El Hacen, frère d’Abou Ishac.

Abou El Hacen partit également de Ténès à Tlemcen, il fit de la diplomatie et donna des cours. Il alla lui aussi à El Eubbad effectuer son dernier sommeil.

Dès cette  fin de du 13 ème siècle, Tlemcen s’affirma comme un pole qui attire et retient les hommes de science. . Elle s’ouvre en même temps aux séductions de l’art. De cette époque date un pur chef d’œuvre architectural auquel est fortuitement associé le souvenir du savant « Abou El Hacen de Ténès ».

Durant tout le temps que dura la dynastie des Béni Ziane, Ténès eu le statut sultanat qui fut confié à des membres de la famille zianide avec des liens privilégiés, basés sur une  confiance résistant à toute épreuve.

Ceci dura jusqu’au moment ou, comme dans les autres royaumes, celui des Mérinides au Maghreb, celui des Hafsides de Tunisie, celui des Zianides connurent une décadence, sauf que pour les Zianides la crise était de plusieurs ordres.

Il semblerait que l’état de faiblesse auquel était parvenu le royaume était du pour une large part aux rivalités entre les trois états : mérinide hafside et zianide pour lequel l’équilibre des forces était défavorable.

D’un autre coté, la faiblesse de ses armes le démantèlement de ses armées est arrivé au point ou une grande partie des territoires sous son autorité fut abandonnée aux tribus arabes. Avec ceux-ci, il existait habituellement des liens d’entraide qui étaient rétribués par des concessions de zones territoriales.

Profitant des discordes qui de surcroît divisaient la famille des Béni Ziane, les Arabes se soulevèrent dans la province d’Oran ; ils se rendirent maîtres de Mostaganem, Mazaghran, Ténès, Mazouna,  et se déclarèrent indépendants. Toutes les tribus berbères, depuis Mostaganem jusqu’en dessous de Miliana dans la Mitidja reconnurent leur autorité et durent de ce fait leur payer les impôts habituellement ramassés par le royaume Zianide.

A ce désordre interne sont venues s’ajouter les attaques chrétiennes des états ibériques le long des cotes africaines. Mers el Kébir et Oran tombèrent aux mains des Espagnols, Tlemcen ne dut sa sauvegarde qu’à sa reconnaissance de l’autorité espagnole établie dans la ville d’Oran.

La ville de Ténès, bien que défendue par sa situation stratégique et les fortifications dut aussi reconnaître l’autorité des tribus « MEHAL », alors maîtres de toute la vallée du Cheliff jusqu’aux environ de Miliana.

Cependant, il faut reconnaître que les relations de la ville avec ces tribus quoique inquiétantes sont restées dans le domaine de l’acceptable. Jusqu’au jour ou une tribu puissante  et fortement organisée vint camper sur la grande esplanade sur laquelle débouche la route de Ténès pour accéder à l’arrière pays. Cette esplanade au vu du développement que va connaître la région, prendra pour nom celui de la princesse « RAHMA » fille du roi zianide qui lui restera accolé jusqu’à nos jours « AWTA RAHMA » (esplanade de Rahma).

Une fois installé, le chef de la tribu envoya une délégation pacifique au Sultan de la ville, dans les formes requises, pour lui demander la main de sa fille Rahma. Effectivement les envoyés de la tribu se présentèrent à la porte Bab el Kebla habillés cérémonieusement, et comme prévu dans le cadre des consignes de sécurité en usage dans la ville, ils déposèrent leurs armes auprès des préposés de la garde. De là une escorte les accompagna jusqu’au château (Bordj El Kalaa) demeure du Sultan, ou ils furent accueillis conformément au protocole.

La réception eu lieu dans la grande salle ou trône le Sultan, elle s’est déroulée suivant les règles établies en matière d’éthique. Après les salutations d’usage, les délegués remirent de la part de leur chef une correspondance et des cadeaux pour le Sultan sa famille et la princesse demandée en mariage.

L’accueil s’est déroulé dans une ambiance chaleureuse, les pourparlers etaient cordiaux et sereins ou tout laissait supposer  que la demande du chef de tribu etait agréée, il ne restait donc que la présence du chef pour concrétiser officiellement l’acte.

Au retour au campement, la délégation rendit compte de la démarche efféctuée dans la ville et remis une lettre à leur chef de la part du Sultan. Ce dernier , satisfait de l’accueil réservé à la délégation et la nouvelle par lettre, conformément à ses vœux. Sans tarder, il adressa un message au Sultan lui témoignant sa satisfaction et l’informa de sa visite pour le lendemain après la prière du matin.

 

 

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