Si Aek AFFANI et BENMHIRI (suite) Les autres bûcherons, de loin avaient suivi la scène; ils identifièrent parfaitement le criminel. Après avoir emmené le cadavre à sa famille, ils révélèrent à un de ses frères nommé BEN M’HIRI, ces circonstances tragiques.Celui-ci écouta calmement le récit, dans sa famille, connue pour son sens aigu de la justice, ne manifesta aucun signe de contrariété, ni de mauvaise humeur. Dans ces lieux, habités par les familles des bûcherons, les huttes (arundofesticoide) ou gourbis de torchis (boue et paille) sont les demeures courantes, éloignées les unes des autres, il n’est pas rare, que quelques-uns soient en possession d’armes de chasse, pour se défendre le cas échéant et pratiquer le braconnage du petit gibier, destiné à la vente au marché.
Cependant, les familiers de BenMhiri, constatèrent un changement dans sa manière d’être, lui connaissant un caractère gai et enjoué, il devint taciturne. Il s’éloigna peu a peu du cercle de ses amis, craignant sans doute les discussions à venir, sa pensée était suffisamment préoccupée par ce qui vient de lui arriver.
D’ailleurs, pour éviter ce genre de fréquentation, il s’éloigna de sa famille et de ses proches, et se rapprocha de ses cousins du Vieux Ténés avec qui il avait plus d’affinités, et avait ainsi l’occasion de rendre visite a «EMMA YEMMOUNA » la sage femme qui s’est occupée de sa venue au monde lors de l’accouchement de sa mère.
On peut dire, sans se tromper que « EMMA YEMMOUNA » cette vielle sage femme a aidé l’accouchement de tous les enfants de la cité et des environs, sans rétribution aucune,ou reconnaissance des services officiels.
C’est à elle, après l’accouchement d’inviter les jeunes mamans à leur rôle ; elle prodiguait les soins, l’hygiène et les ménages à l’huile d’olive des nouveaux nés et le lavage de ses couches, durant la première semaine de son existence.
Le rôle éminemment social et humain, qui leur incomba, elle et sa fille « HANNA DRAMCHIA » sage femme, qui seconda sa mère, et prit sa suite à sa disparition, ne peut être estimé à sa juste valeur, sauf le souhait, d’être récompensées dans l’au delà.
Elles s’occupaient des naissances, des décès de presque la totalité des femmes, les ablutions des mortes ; la couture et l’habillage du linceul, l’assistance à toutes les cérémonies auprès des lieux des saints de la cité (OUAADA,pluriel : OUAADI) les réjouissances familiales (MARIAGES-PELERINAGES…etc.)
« BEN M’HIRI » et sa famille, furent parmi les humbles gens de bien qui, à chaque occasion portaient assistance à ces femmes de bien. Elles eurent tout le temps leur part comme faisant partie intégrante de leur famille. Et à chaque occasion, cette tache était confiée à « BEN M’HIRI » qui transportait à « EMMA YEMMOUNA » de Oued el arbi à la cité la part qui lui était destinée.
Il n’était pas rare qu’à chaque fois, il resta plusieurs jours chez sa grand-mère « DJEDDATI » la vielle sage femme, c’est depuis, même durant ces jours de peine de la mort de son frère qu’il trouva refuge au Vieux Ténés chez « EMMA YEMMOUNA ».
Ce qui le tortura, en plus de la perte malheureuse de son frère c’est l’attitude des gendarmes, aucun signe de compassion de leur part, excuse ou même une procédure à l’enquête habituelle auprès de sa famille.
Cela laissait supposer, que cet assassinat pour eux ne fut ni plus ni moins qu’un fait banal, sans importance, comme s’ils se sont débarrassés d’une bête malfaisante, qui a eu tord de s’être trouvée au mauvais endroit, au mauvais moment.
Ne sachant comment apaiser sa peine, il se lia d’amitié avec des jeunes de son age, aussi vindicatifs que lui, prêts à en découdre avec ce régime, hargneux, injuste envers les misérables indigènes.
Un groupe finit par ce constituer, de plusieurs endroits du canton de Ténés, avec la perspective de récupérer les fusils de la population indigène, ramassés la veille de la déclaration de la guerre (1914-1918) par les autorités craignant sans doute un soulèvement de leur part.
Ces jeunes, confièrent l’opération au brave « Si Abdelkader AFFANI » en compagnie d’un autre de «Ouled el arbi », il se procurèrent l’empreinte de la serrure, remise au serrurier du village, façonna une clef, une fois en leur possession, ils n’eurent aucune peine à récupérer (17) dix-sept fusils de chasse, dans une totale discrétion.
Ces armes destinées aux groupes, furent d’abord enfouies à « AIN S’KHOUNA), propriété de la famille « AFFANI », comprenant la terre de jardinage de l’entourage, ainsi qu’une parcelle de
A partir de ce moment malgré l’alerte donnée par les autorités pour la recherche de ceux qui ont subtilisé les armes, ayant chacun son objectif, et à qui les armes ne devaient être remises, qu’une fois le branle bas de combat apaisé et la situation devenue calme.
« BEN M’HIRI », en ce moment là, n’avait qu’une idée en tète, venger l’assassinat de son jeune frère, pour cela, il lui fallait se rendre au douar, chez ses parents récupérer le fusil, lorsqu’il arriva chez lui, après cette si longue absence, sa mère et son père et tous les membres de sa famille, inquiets, dans l’ignorance totale de ce qu’il lui est advenu, le tourment dans lequel étaient plongés ses parents depuis la perte de leur fils, est venue s’ajouter, l’angoisse de la séparation avec l’aîné.
Comme, à son habitude, il trouva les paroles, dans ce genre de situation, pour les tranquilliser, en leur apportant des nouvelles de la famille du Vieux Ténés, surtout celles concernant « EMMA YEMMOUNA » sachant, qu’elle veillait sur son bien être comme, ou encore mieux que l’un de ses propres enfants.