HISTOIRE DES DERAMCHI  (suite)

 

I

Intrigué il demanda la raison de cette insistance. Ceux-ci avouèrent que ce local était déconseillé aux amis, les bienvenus et de  foi musulmane, originaires du pays du Khalifat qu’on considère comme un envoyé de « l’Emir El Mou’minin ».

Ils l’informèrent que parfois des intrus malveillants se présentaient dans la ville avec des arrières pensées souvent avec l’intention de nuire à la sécurité du royaume, mais que la bienséance obligeait de leur réserver un bon accueil.

Dans ces conditions sans avoir l’idée de porter atteinte ou concevoir un quelconque mal afin de ne point s’attirer l’inimitié, on leur faisait passer la nuit dans cette chambre ou ils s’enfermaient de l’intérieur pour leur sécurité.
Le lendemain au réveil on ne trouvait personne dans le local pourtant fermé hermétiquement de l’intérieur.
Dans la journée les gardiens de la ville au cours de la ronde d’inspection des remparts encerclant la ville,  découvraient de l’autre coté de la rivière a la sortie sud dans un endroit d’accès à la sortie vers l’arrière pays ou se trouve un passage rocheux appelé « Essefah » le corps de l’invité de la ville étranglé, abandonné avec ses bagages au complet.
Avec les premiers cas de ce genre, les autorités pensèrent qu’il s’agissait d’une œuvre accomplie par des être malhonnêtes dans le but de s’approprier un butin (objets de valeur ou Or ou argent) mais ce ne fut jamais le cas puisque les victimes ont toujours été trouvées en possession de tous leurs biens.
Alors on pensait qu’il s’agissait d’un crime crapuleux, ou d’une vengeance, un règlement de compte ou peut être une provocation, un crime organisé en vue de nuire à la réputation de la ville. Cette action malheureuse pouvait entraîner des conséquences graves pouvant porter atteinte à la sécurité de la ville.
Aucune piste ne fut négligée, surtout par les temps troubles dans le pays ou aucune région n’était à l’abri d’attaques, soit de puissances étrangères ou de tribus en conflits perpétuels entre elles.
Lorsqu’en fin de compte on apprit par les taleb, versés dans les sciences occultes révélant des connaissances ésotériques qu’à une époque lointaine dans le passé, ce local était la propriété de sorciers dont les actions portaient atteinte à l’intégrité des habitants en y faisant intervenir des Djinns, esprits malfaisants jusqu’au jour ou pour avoir la paix, ils furent expulsés et disparurent en y laissant cette malédiction dont on n’a pu se débarrasser.

Sidi El Hadj Mostéfa  Homme de science et pieux, écouta avec attention les faits qu’on a rapporté, hocha la tète semblant désapprouver cette histoire et d’un air dubitatif déclara faire confiance à Dieu et que rien de malveillant ne pouvait lui arriver sans la volonté du tout puissant,  et qu’il était résolu à passer la nuit dans ce local et décharger de toute responsabilité, la communauté de la ville des faits malfaisants pouvant survenir.

Voyant qu’en fin de compte ils ne pouvaient lui faire changer d’opinion, ils s’en allèrent en lui souhaitant la protection divine et une bonne nuit.

Le lendemain matin, personne n’a pris la peine d’aller d’abord rendre visite à leur invité, tellement convaincus que le malheureux par son entêtement s’est laissé prendre a son propre jeu et qu’il ne restait qu’à aller récupérer du « Seffah » le corps et lui faire un enterrement digne, réservé à tout croyant.

Leur surprise fut à son comble lorsqu’il n’ont rien découvert au « Seffah » ils revinrent perplexes vers le local maléfique.

Allant de surprise en surprise, ils trouvèrent la porte ouverte, les lieux nettoyés arrosés, de la chambre s’échappait une odeur enivrante de café nouvellement préparé. Ils s’approchèrent craintifs, en entrant dans la chambre s’attendant au pire alors que  Sidi El Hadj Mostéfa  assis, adossé au mur, portant au yeux une espèce de pince nez garni de verres, cela leur rappela que cet instrument ressemblait à celui que portait le sultan lors des « Khotbas » Prêches à la mosquée les vendredis et journées de fêtes. Après avoir souhaité le bonjour à leur hôte en le félicitant d’avoir réussi à maîtriser les créatures sinistres qui ternissaient l’honorabilité de la ville, ils ne purent maîtriser leur curiosité et demandèrent par quel miracle il a pu être servi de café frais dans le « Tebek » (plat en matière végétale) ou se trouvaient des gâteaux dont ils n’avaient connaissance.

Sidi El Hadj Mostéfa  leur rendit le salut et les invita à partager sa collation matinale avec lui, ce qu’ils firent avec plaisir et, après avoir goûté aux gâteaux, ils s’empressèrent poliment de demander l’éclaircissement du mystère et surtout la recette de ces succulents gâteaux en semoule de blé dur fourrés d’une farce de pâte d’amandes et trempés dans le miel.

Celui-ci leur apprit que ces gâteaux sont couramment façonnés dans son pays et s’appelaient « Makrout » et sont servi pour accompagner soit du café ou du thé.

Il apprit que ces gâteaux étaient inconnus au Vieux Ténès à part les « Kàak pincé » et les « R’ghaiffes ».introduits, depuis fort longtemps par les marins musulmans andalous ou bien les spécialités courantes de la région comme les « Béghrir, M’Sémène et Meloui » avec lesquelles on confectionne du « R’fiss » et le « Couscous » de plusieurs façons (voir les recettes en appendice) ainsi que les « M’bessèce ».

Quelques instants plus tard un notable de la ville, accompagné de personnalités religieuses, s’est présenté pour prendre des nouvelles de leur invité et manifester leur contentement de la tournure prise par les évènements. Eux aussi prirent part à la dégustation des « Makrout » et demandèrent la recette de ce gâteau si délicieux, inconnu au Vieux Ténès.

Ils passèrent ensemble toute la matinée s’entretenant sur les sciences théologiques et surtout pour vérifier réellement le niveau de ses connaissances afin d’éviter, les bévues dans lesquelles ils tombèrent lors d’entretien de ce genre avec des charlatans auxquels ils s’étaient fiés et qui s’avérèrent par la suite des ennemis de l’Islam, et dans ce cadre là on raconte que l’on confia la conduite de la prière pendant un certain temps à un juif.


 

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