QUI SE SOUVIENT ?

 

HANNA DARMCHIA

MERE DERAMCHI

La kabla ( sage femme ) du Vieux-Tenes.

Certainement que beaucoup de natifs de cette cite, pratiquement tous ceux qui ont vu le jour du temps de sa presence, ont ete recus dans ses mains a la sortie du ventre de leur maman.

Hanna Darmchia ou Dramchia ( mere deramchi ) etait une icone au Vieux - Tenes. Elle etait la plus recherchee, la plus chouchoutee, la plus approchee, la plus respectee, pourqoi ? Parce que tout simplement, dans les moments les plus difficiles pour toute femme c'est l'accouchement, avec toutes les idees recues, preconcues, tentees parfois de lucidite et le plus souvent de non dits et de superstition, ce moment que l'on apprehende et qui peut conduire a la mort, et c'est a cet instant que Hanna Darmchia etait la. Avec sa forte presence, sa beaute ( parce qu'elle etait belle )ses yeux d'un bleu profond, ses cheveux roux teintes de henne, son allure dynamique. Ele agissait avec les manieres d'un chef, avec en plus la douceur, et les nouveaux nes etaient recus a chaque fois avec le meme amour et la meme tendresse.

Hanna Darmchia, c'est comme cela qu'elle etait connue, se trouvait soit chez elle ce qui etait l'exception, soit dans la ruelle, marchant a pas presses pour aller dans une demeure sauver (slak ) une femme qui accouche, soit enfin en pleine seance de travail comme un chef de service d'hopital d'aujourd'hui.

 
 
Si M'HAMMED KOUADRI
 
C'est un souvenir bien lointain, durant ma tendre jeunesse, qui me rappelle celui que l'on appelait avec respect "tabib el Arbi" ou bien "le medecin arabe", Si M'hamed Kouadri, parce que c'est de lui qu'il s'agit etait un infirmier et adjoint technique de la sante. Je me rappelle de lui vers les dernieres annees de sa vie et je pense qu'il etait a ce moment-la a la retraite, il me semble. Il etait de grande taille, habille toujours d'un costume local c'est a dire une veste avec un pantalon arabe, ample et plisse, toujours coiffe d'un fez ou "chachiat stamboul", il impressionnait par son calme, sa discretion, son serieux et repondait avec gentillesse lorsqu'on le saluait, nous les petits gamins que nous etions et cela nous rendait tellement heureux nous qui n'esperions point de reponse a nos saluts au vu de la posture et de la stature de l'homme. C'etait un Monsieur !

Ce dont je me rappelle et qui me frappait etait de le voir souvent marcher le long de la plage et aussi vers le soir se tenir debout pres des remparts regardant la mer. On m'expliqua bien plus tard qu'il etait un mordu de la peche. Cela ne m'a pas tellement convaincu, car beaucoup de mordus de peche a la ligne ne se baladaient pas au bord de la plage comme lui.

 

Plus tard, en voulant, dans le cadre du lancement d'un bulletin de la section de la JFLN (jeunesse du Fln), nouvellement creee a Tenes (annees 1964-1965), avec l'idee de faire connaitre les grands personnages de la ville, j'ai appris que Si Mhamed Kouadri etait poete et qu'il avait recu beaucoup de distinctions dans le cadre de ses activites litteraires. J'avais alors fait appel a son fils Marwane qui etait un ami et copain de classe au cours complementaire de Tenes. Il m'avait alors remis avec promesse express de les lui rendre, les fascicules ou etaient repris certains de ses poemes, c'etait l'epoque de la roneo et il a fallu reecrire et faire tirer un a un les poemes. Je ne me rappelle pas exactement le nom de la maison d'edition, mais je me rappelle qu'il etait fait etat d'un bref parcours de la vie du poete et les prix qu'il avait recus et meme d'une distinction du ministre de l'instruction publique de cette periode. Un poeme m'avait impressionne alors, et jusqu'a ce jour je reste subjugue par ses vers qui apportent un eclairage, peut-etre, sur les promenades du poete sur la plage.
 
 Je vous livre ce poeme en souvenir de ce grand Monsieur de Tenes qu'etait Si M'hamed Kouadri. 

 

 

La Mer

 

La Mer ! Ses horizons clairs ou voiles de brume,
Ses flots retentissants franges du blanche ecume
Sans cesse en mouvement.

 

Poeme fascinant des eaux eblouissantes,

Etincelant concert des vagues bondissantes :

Douceur, enchantement !  

 

  

La Mer  ! Ruissellement d'azur et de lumiere
Et berceau de Venus, des Beautes la premiere,
L'etoile des beaux soirs

 

 Qui font fleurir soudain des champs de violettes,
Tandis qu'a l'Occident fument les cassolettes
Des divins encensoirs !
 

La mer ! Ensorceleuse aux frais colliers de perle,
Qui susurre a la brise et frissonne ou deferle
Sur le sable dore.
 

Deesse sans pitie dont le culte est un leurre
Car j'aimais la perfide et c'est pourquoi je pleure
Un enfant adore!

  


Non, tu ne comprends pas l'apre douleur d'un pere
Que tu vois sangloter et qui se desespere
D'avoir perdu son fils,

 

Qui vient vers toi les bras ouverts, sans mefiance,
Qui representait tout : la joie et l'esperance,

Au coeur pur comme un lys !  

 

 

 

Ceux qui me voient errer sombre, de long en large
Croient que je me promene ou contemple le large

Et ne comprennent pas
 
   Que je suis triste et songe a ce qui fut la place
De ses pieds sur le sable et ne vois nulle trace

Empreinte de ses pas !

 

 

Irresistiblement je reviens sur la greve
Et je revois toujours cet enfant comme en reve
Mon pauvre tout petit !
 

 

Je ne reverrai plus helas ! Ton doux visage,
Deja si serieux, Toi, si gentil, si sage,
Que la mer engloutit !
 

 

 

Depuis, bien des printemps ont refleuri les roses,
Les jasmins, les lilas, les lys, les lauriers-roses.
Jusqu'au coeur de l'ete.
  

 

Au calme cimetiere ou pese un lourd silence, 
Sous les verts oliviers dont l'ombre se balance,
Dors pour l'Eternite.
 

 

Tu n'entends plus la voix berceuse de sirene
Qui dans le soir se fait tendre et plaintive et traine
Ses longs sanglots : la Mer !
 

Par Toi j'ai caresse l'orgueil de me survivre,
Mais je pleure en tournant les feuillets de mon livre
Et mon pain est amer !

 

 

M'hamed KOUADRI

 

 

 



 

ISABELLE EBERHARDT

 

Isabelle est nee Geneve le 17 Fevrier 1877, elle etait d'origine russe et elle devint francaise par son mariage en 1901 avec Slimane Henni, fils du caid Si Henni de la region de Tenes. Slimane Henni etait soldat dans la cavalerie francaise.

Elle s'est convertie a l'islam a  son arrivee avec sa mere en Algerie,a Bone, bien avant son mariage avec Slimane.

Elle a travaille un certain temps a partir de 1902 comme infirmiere et assistante sociale a l'hopital militaire de Tenes. Son mari etant devenu fonctionnaire a Tenes.

Elle mourut le 21 Octobre 1904 a l'age de 27 ans, emportee par la crue de la riviere qui detruisit totalement Ain Sefra. Son mari qui venait de la rejoindre pour une permission en sortit vivant, alors qu'elle, affaiblie par le paludisme, fut retrouvee morte dans les ruines de sa maison. Slimane, son mari, tres affecte par sa mort, ne lui survecut que trois ans.

Durant sa courte vie, en aimant avec passion sa terre d'exil et d'adoption, l'Algerie, elle ne cessa jamais de defendre avec tenacite la cause de ses coreligionnaires, en plaidant et en appelant les autorites francaises, a les integrer au meme titre que les colons.

Dans ses nouvelles, elle n'a eu de cesse de defendre les fellahs et de s'elever contre les colons.

En 1898, l'organe de presse "l'Athenee" publie les "nouvelles" d'Isabelle. Suite a une dispute, sur fond d'antisemitisme et d'affaire Dreyfus, avec le directeur, Isabelle ne fut plus publiee et resta desormais sans ressources.

Elle debuta a cette periode a la redaction de"Rakhil", un roman d'amour entre un musulman et une juive, qu'elle n'acheva pas.

Vers 1902, a son retour en Algerie, elle travaille comme envoyee speciale de "l'Akhbar"de Victor Barrucand.

Elle a laisse plusieurs ouvrages posthumes, qui seront publies plus tard. Parmi ses oeuvres:

"A l'ombre chaude de l'Islam" en 1921, "Notes de route" en 1908,"Trimardeur" en 1922,"Mes journaliers" en 1923,"Contes et paysages" en 1925    

 Dans son oeuvre:"A l'ombre chaude de l'Islam", elle ecrit: "Tout le grand charme poignant de la vie vient peut etre de la certitude absolue de la mort. Si les choses devaient durer, elles nous sembleraient indignes d'attachement".


 

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LE PROFESSEUR BENNAI MAAMAR

Le père de l'urologie à Oran

 

 

Un article paru dernierement sur le quotidien d'Oran m'a interpelé puisqu'il s'agit d'une partie de la vie de mon oncle maternel, j'ai regretté que l'auteur, qu'il soit ici remercié pour l'article, n'ait pas jugé utile de preciser au moins le lieu de naissance du Professeur Bennai,aussi je me permets d'apporter la correction necessaire.

En effet le Professeur Bennai est originaire de la ville de Tenes ou il est né en 1926 dans une famille aisée et ou il a passé sa jeunesse avant de continuer ses études secondaires à Alger et supérieures ensuite  à la faculté de medecine d'Alger.

Son pere Bennai Abdelkader a été élève de l'ecole normale d'instituteurs de Bouzarreah à Alger,avant de devenir un notable respecté de la ville de Tenes et ceci jusqu'à sa mort en 1949.

 

Du Dr Bennai, une phrase, qu'il m'a souvent répétée, et qui restera à jamais gravée dans ma mémoire:

"je refuse les demeures des larmes".

 

Je vous livre l'article en vous souhaitant bonne lecture.

 

 

 

"Un lieu, un nom   Le Professeur Maâmar Bennaï: le père de l'urologie à Oran "

 

Par: Ziad Salah

Publié le: 30/04/2008

 

Durant la sombre période de l'OAS, Maâmar Bennaï reçoit l'ordre du FLN de rejoindre le centre médical Tombouctou se trouvant à M'dina Jdida. Il avait pour mission de se charger des blessés victimes des attentats de cette organisation terroriste. Vite, il comprit l'ampleur de la tâche qui attend son pays qui s'apprêtait à accéder à l'indépendance et, surtout, le manque à combler en matière de cadres, notamment dans le domaine de la santé.

Accumulant les tâches volontairement, il se lança dans la formation des infirmières. Son statut à l'époque ne lui permettait pas d'autres prétentions. Mais en se portant volontaire, il cherchait peut-être à rattraper le temps perdu. En effet, entre 1954 et 58, le Professeur Bennaï, confronté à un dilemme, ne travaillera pas. Exercer en tant que médecin, alors que la lutte de Libération nationale venait d'être déclenchée, lui semblait se compromettre avec l'occupant. En même temps, il ne pouvait se résoudre à rejoindre le front.

C'est en 1958, quand il emmena un de ses enfants malade chez un médecin à Chlef, qu'il décida de remettre son tablier. Vite, « El djebha » prit contact avec lui. De temps à autre, il devait faire des sauts au maquis pour soigner ou opérer des blessés. Sa voiture, de marque Opel, servira pour la fuite de deux prisonniers appartenant au FLN de la maison d'arrêt de cette ville. Laissant son épouse et ses enfants encore en bas âge, il continuera, mais cette fois-ci à visage découvert, sa mission de médecin au service d'une cause.

Une fois l'indépendance proclamée, il sera installé au CHU Oran, pas encore doté de statut d'institution universitaire. Il chapotera le service de chirurgie. Entre-temps, il reprendra ses études. Apparemment, son projet de mettre en place un service d'urologie avait mûri dans sa tête. Il a fait partie de l'équipe du Professeur Zmirli à Alger, un algéro-tunisien, initiateur incontesté de l'urologie en Algérie. Il obtiendra son agrégation avec Kaà¼ss Anderson, une sommité dans la discipline à cette époque.

Dès son installation par l'ALN au CHU Oran, il tentera de « pomper » le maximum du Professeur Paress, qui assurait les opérations relevant de cette discipline au niveau de cet établissement hospitalier.

En 1972, quand l'urologie sera dégagée de la chirurgie et dotée d'un service à elle, donc reconnue en tant que spécialité à part entière, il se lancera dans la seconde mission de sa vie, de loin la plus importante : la formation. Il ramènera une équipe de coopérants qu'il dirigera. Elle était composée d'un Egyptien (Ahmed Al Atribi) formé à Oxford, de deux Tchèques (Kopeski Edouard et Vach) et d'une Polonaise (Mme Laska). Tirant le maximum de ces confrères, il s'essayera de transmettre son savoir à ses résidents qu'il menait à la baguette. Certains d'entre eux évoquent toujours son caractère intraitable avec ses étudiants. Mais on lui reconnaît la formation de la centaine d'urologues qui encadrent les établissements hospitaliers de tout l'ouest algérien et qui, à leur tour, ont formé d'autres urologues. Pour atténuer quelque peu l'image qu'il s'est faite au sein de ses étudiants, il répétait « nous les médecins on est mal aimé. Parce que nous avons l'habitude de voir les gens dénudés ».

A un de ses résidents, il dira « Monsieur je ne vous aime pas, mais j'ai beaucoup de respect pour vous ». Convaincu de la portée de sa mission, il ne mâchait pas ses mots. Mieux, ne craignant pas d'être « dépassé » par ses émules, il n'a jamais hésité de les envoyer à l'étranger pour compléter leur formation. A tour de rôle, ils bénéficiaient de bourses de formation dans les universités françaises.

Un de ses étudiants reconnaît qu'il avait une longueur d'avance par rapport à son temps. En 1979, dira-t-il, il a ramené le Professeur De Bernard, un pionnier dans le domaine de la greffe, pour superviser une opération d'autogreffe réalisée sur un chien.

Déjà , à cette époque, il envisageait la greffe d'organes, notamment des reins, estime notre interlocuteur. Dans la profession, quand on évoque son nom, on lui reconnaît sa fermeté sans méchanceté. Toujours élégant, maîtrisant l'art de la réplique, il n'était pas d'abord facile. « On n'osait pas franchir le seuil de son bureau », dira un de ses étudiants.

Aussi, il est réputé par son caractère foncièrement réfractaire à la compromission. Il a occupé le poste de vice-recteur de l'Université d'Oran qu'il a quitté quelque temps après. Son épouse exprimera cette exigence de tempérament de son mari mais autrement. Quand il a décidé de s'installer à Oran en 1962, il rejettera les propositions qui lui ont été faites d'occuper une villa de son choix quitte à chasser ses occupants. « Je refuse les demeures des larmes », répétait-il.

En plus, souligne-t-il, dès le départ, il avait décidé d'acquérir une habitation en fonction de ses moyens. Finalement, son choix se fixa sur celle que lui a vendue Mme Delon, se trouvant à la rue Boughalem Abdelkader ex-Caporal Jean Pierre. Parmi ses choix qui ont pesé dans sa vie et celle de sa famille, son renoncement à son cabinet médical se trouvant au boulevard Front de mer pour se consacrer au service public.

Dès que la décision interdisant aux médecins d'exercer partiellement dans le privé en même temps que dans le secteur public, il céda son cabinet à un de ses fils.

Un membre de sa famille nous dira qu'il vouait un respect énorme à Boumediene, lui qui

entretenait l'apparence d'un bourgeois bien installé. Le sort s'est abattu sur ce professeur qui avait consacré l'essentiel de sa vie à la formation des médecins. Après la perte d'une fille de 16 ans, il enterra un de ses frères.

Il prendra sa retraite aux débuts des années 90. Parallèlement à sa profession, il dirigeait une équipe d'équitation. Il supervisait une équipe de basket. En dehors du CHU Oran, il était quelqu'un d'autre, nous dira un parent à lui. « On ne lui connaît pas ce caractère strict qu'on lui attribue », souligne-t-il.

Ironie de l'histoire : le Professeur Bennaï est mort le 10 Octobre 2000 suite à un cancer de la vessie. Une tumeur qu'il avait traînée au moins deux ans. Lui qui a mis en place le service de l'urologie...

 


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